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Le PILI était-il un bon modèle ?

En fin d’année 2021, la RATP a mis en vente aux enchères du mobilier réformé, au profit d’une œuvre caritative (belle initiative). Parmi les 215 lots mis en vente figuraient quatre PILI :

Panneaux Indicateurs Lumineux d’Itinéraires.

Rien à voir avec la sauce piquante à base de piment pour relever le goût de votre pizza, donc.

 

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Lorsque j’étais enfant, j’aimais beaucoup appuyer sur l’un des 300 boutons chromés, un pour chaque station de métro de destination, afin d’allumer l’itinéraire le plus direct pour s’y rendre (à partir de la station où je me trouvais) :

 

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Positionnées sur le plan du métropolitain parisien, plus de 300 ampoules et, derrière ce plan, sans doute plusieurs kilomètres de câble électrique !

 

Après l'évocation de ce bon souvenir, empreint de nostalgie, la déformation professionnelle a rapidement repris le dessus :

Le PILI était-il un bon modèle ?

Voici une définition concise : un bon modèle doit représenter au mieux une partie du monde réel.
Sur quels critères plus précis peut-on s'appuyer pour déterminer un bon modèle ?

 

En 2017, j’avais publié une liste de 7 critères établie par Mader et al. 2007 pour qualifier un bon modèle :

 

- Il a un objet de modélisation clairement spécifié :

Oui, modéliser le réseau du métropolitain parisien.


- Il a un objectif clairement spécifié :

Oui, afficher l'itinéraire le plus rapide pour se rendre d'une station à une autre.


- Il est simple (le critère le plus difficile ?) :

Oui, pas besoin de mode d'emploi. Un seul "clic" sur le bouton de la station de destination suffit.

 

- Il est véridique :

Oui, la réalité du terrain est bien représentée.

(les ampoules pour représenter les différentes correspondances d'une seule station sont toutefois décalées. Exemple ci-dessus : Châtelet Les Halles)


- Il est traçable :
Oui, mais ce critère n'est pas primordial ici (peu d'évolutions du réseau)


- Il est extensible et réutilisable :

Non, le PILI n'était pas extensible : difficile d'ajouter une nouvelle station, voire une nouvelle ligne.

Par contre, il était réutilisable : près de 200 PILI furent déployés (soit dans 2 stations de métro sur 3)

 

- Il est conçu pour l’interopérabilité et le partage :

Non pour l'interopérabilité : pas d’actualisation possible pour signaler un incident ou une station fermée

Oui pour le partage : les PILI connurent un grand succès populaire, sans doute grâce à leur simplicité.

 

Les PILI obtiennent une note de 6/7 avec cette liste de critères ! Belle performance. 

 

Les PILI possédaient d'autres propriétés :

  • Maintenance très délicate en cas de panne,

mais malgré cet inconvénient, apparemment gérable :

  • Longévité exceptionnelle, de 1937 à 2016 approx.
    (sans doute liée à la stabilité du réseau)

 

Qui d'autre conçoit des modèles compris par les utilisateurs finaux
et utilisés pendant presque 80 ans ?image002

Panneau métropolitain de style Guimard

 

Il y a quelques années, la RATP avait repris le principe du panneau interactif sur son site web : le plan complet du réseau s’affichait et il suffisait de poser le pointeur de sa souris sur une ligne pour que leurs autres lignes s’estompent aussitôt.

 

Aujourd’hui, ce plan complet est complètement statique... Et chaque ligne (avec ses stations et ses correspondances) s’affiche désespérément à l’horizontale, sans rapport avec la réalité du terrain :

 

Plan metro ligne 4, agrandir le plan

La réponse est donc oui, le PILI était un bon modèle

Sans aucun doute meilleur que le modèle actuel publié sur le site web.

 

 

Malgré leurs caractéristiques impressionnantes (hauteur : 160 cm ; largeur 185 cm ; poids : 120 kg) nécessitant un grand salon, ces quatre PILI - sans aucune garantie de bon fonctionnement - ont tous trouvé acquéreurs à des prix compris entre 2.650 et 2.850 € ! Le prix qu’une très grande TV 4K UHD.

 

L’un des rares inconvénients du PILI, présenté dans le post ci-dessus, était son manque d’interopérabilité : pas d’actualisation possible pour signaler un incident ou une station fermée. Cet inconvénient a disparu grâce aux sites web, aux applications mobiles et aux réseaux sociaux : il est possible désormais d’actualiser rapidement les informations auprès des usagers (info trafic). Mais cette possibilité ne conduirait-elle pas vers certains excès ? Voici un exemple, réel et extrême.

 

Le 21 septembre 2022, des travaux sur la ligne D du RER ont entrainé la fermeture de 8 stations. Une douzaine de bus, voire le RER C, étaient proposés pour se substituer au RER D. Voici le plan avec les itinéraires de substitution qui ont été proposés aux usagers sur le réseau social Twitter :

  

PILI-vs-application-mobile

 

Plusieurs qualificatifs, la plupart flatteurs, peuvent s’appliquer à ce plan : spectaculaire, coloré, exhaustif, détaillé, précis, voire extravagant, limite usine à gaz, non ?

 

Par contre, euh, comment dirais-je : il valait mieux ne pas avoir à se déplacer en transport en commun à ce moment-là ! Un indice pour tenter de vous y retrouver : la légende est incomplète ; un fin trait noir semble relier une seule et même station de bus. C’est d’ailleurs étonnant que les représentations des lignes de bus 401 et 402 soient scindées en trois tronçons. En fin connaisseur du protocole de communication HTTP, j’aurais personnellement évité la ligne de bus 404, de peur de ne pas arriver à destination 😉

 

Pour reprendre le refrain à la mode actuellement, il convient (parfois) de privilégier la marche ou le vélo !

 

 

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Thierry Biard

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« L’artiste imprime à son œuvre un sceau de personnalité alors que l’ingénieur est amené à se considérer comme l’artisan d’une œuvre impersonnelle. »

Fulgence Bienvenüe (1852-1936), père du Métropolitain

 



18/02/2022
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